Comprendre la commande avant de dessiner
Un logo raté l'est presque toujours pour une contrainte lue trop vite, jamais pour un manque de talent. Avant d'ouvrir la plume, on installe son document, puis on traduit le brief de marque Datashop en contraintes graphiques vérifiables.
Illustrator dans la chaîne graphique
Vectoriel ou pixel : la seule question qui compteIllustrator est le logiciel du dessin vectoriel : il ne stocke pas des pixels mais des formules géométriques (points, courbes, remplissages). Conséquence directe : un tracé vectoriel s'agrandit à l'infini sans perte. C'est pour cela qu'un logo se dessine ici, et nulle part ailleurs.
| Logiciel | Rôle dans la chaîne | Ce qu'il stocke |
|---|---|---|
| Photoshop | retoucher les images (photos) | des pixels — taille figée |
| Illustrator | créer le vectoriel (logos, pictos, illustrations) | des tracés — taille libre |
| InDesign | assembler le tout en pages imprimables | des blocs et des liens |
Le test qui tranche
Pose-toi une seule question : « cet objet devra-t-il exister à des tailles très différentes ? » Un logo vit sur un favicon de 16 pixels et sur une enseigne de 3 mètres. Réponse : vectoriel, donc Illustrator.
Un logo livré en JPEG est un logo mort : il ne peut plus être agrandi, ni recoloré, ni détouré proprement. Les formats vivants d'un logo sont .ai (source), .svg (web) et .pdf (impression).
Dans ce parcours, tu reconstruis le logo eSbi — celui de la plateforme sur laquelle tu apprends. Il est fourni en SVG : tu peux l'ouvrir dans Illustrator, l'inspecter, et comparer ta construction à l'originale à chaque étape.
L'interface & l'espace de travail
Outils, panneaux, panneau PropriétésSe repérer : la barre d'outils (à gauche), les panneaux (à droite), le panneau Propriétés (contextuel, il change selon la sélection) et les menus. Tout se réorganise, et on peut enregistrer son espace de travail.
Les outils qu'on utilise vraiment
- Sélection (flèche noire, V) : déplacer/redimensionner un objet entier.
- Sélection directe (flèche blanche, A) : agir sur un point d'ancrage ou un segment.
- Rectangle (M), Ellipse (L), Polygone : les formes primitives.
- Plume (P) : dessiner ses propres tracés.
- Texte (T), Dégradé (G), Pipette (I), Zoom (Z), Main (barre d'espace).
Les panneaux clés
Tous dans le menu Fenêtre : Calques, Nuancier, Transformation, Alignement, Pathfinder, Aspect, Caractère, Propriétés.
Le panneau Transformation est le plus important de tout ce parcours : c'est lui qui permet de saisir des valeurs numériques exactes (X, Y, L, H, rayon d'arrondi). Un logo se construit au chiffre, jamais à la souris.
Enregistrer son espace de travail
- Affiche les panneaux qui te servent (Calques, Nuancier, Transformation, Alignement, Pathfinder).
- Fenêtre › Espace de travail › Nouvel espace de travail… et nomme-le « Logo ».
- Tu pourras le réinitialiser ou le rappeler à tout moment.
Le document & les plans de travail
Un plan de travail par déclinaisonUn document Illustrator peut contenir plusieurs plans de travail (artboards). C'est la fonction qui structure tout un projet d'identité : un plan par version du logo, tous dans un seul fichier source.
- Fichier › Nouveau. Choisis le profil Web pour travailler en pixels et en RVB (un logo destiné à l'écran) — le CMJN viendra à la livraison imprimeur.
- Règle le premier plan de travail à 80 × 80 px : c'est le format du symbole eSbi.
- Ajoute des plans avec l'outil Plan de travail (Maj+O), ou Fenêtre › Plans de travail pour les gérer et les nommer.
- Enregistre : Fichier › Enregistrer, format .ai. C'est ton fichier source, celui que tu ne livres qu'au client.
Les plans de travail du projet eSbi
| Plan de travail | Format | Contenu |
|---|---|---|
| symbole | 80 × 80 px | le symbole seul (carré arrondi + barres + point) |
| logo-horizontal | 320 × 88 px | symbole + signature typographique |
| monochrome | 320 × 88 px | la même chose, en noir 100 % |
| fond-sombre | 320 × 88 px | version blanche sur bleu nuit |
| favicon | 32 × 32 px | le symbole simplifié |
Pourquoi nommer les plans de travail ? Parce qu'à l'export, Illustrator reprend leur nom dans le nom des fichiers : esbi-logo-horizontal.svg, esbi-favicon.png… Nommer proprement, c'est déjà préparer la livraison du module 4.
Calques, repères & grille en pixels
Aligner net, rester organiséTrois réglages invisibles qui décident de la netteté de ton logo à petite taille : les calques (organisation), les repères (alignement) et l'alignement sur la grille en pixels (netteté à l'écran).
Les calques
- Ouvre Fenêtre › Calques. Crée au minimum trois calques : fond, symbole, typo.
- Le cadenas verrouille un calque terminé : on ne le déplace plus par erreur.
- L'œil masque un calque : c'est ainsi qu'on compare deux pistes sans les supprimer.
Les repères
- Affiche les règles : Ctrl+R.
- Fais glisser un repère depuis une règle vers le plan de travail.
- Tu peux aussi transformer un tracé en repère : Affichage › Repères › Créer les repères.
- Les repères commentés (Ctrl+U) affichent en direct les alignements et distances entre objets.
La grille en pixels
Une forme dont le bord tombe à x = 20,5 px s'affichera floue à l'écran : le pixel est coupé en deux. Active Affichage › Aligner sur la grille en pixels (ou l'option du panneau Transformation) pour que les bords se calent sur des valeurs entières.
C'est le réglage qui distingue visuellement un logo d'amateur d'un logo de studio : à 16 pixels, un demi-pixel de décalage devient un flou parfaitement visible.
Lire un brief client
Traduire des mots en contraintes vérifiablesUn brief ne se lit pas, il se traduit. Chaque phrase du client doit devenir une contrainte graphique qu'on peut vérifier sur l'écran — sinon ce n'est pas une contrainte, c'est une impression.
📄 Le brief : datashop-brief-marque.docx — 10 points, transmis par la direction de Datashop.
Les cinq mots-clés du brief Datashop
| Mot du client | Traduction graphique vérifiable |
|---|---|
| Clair | une seule idée visuelle, pas deux |
| Progressif | une notion de croissance, d'échelle |
| Fiable | symétrie et géométrie régulière, pas de tracé à main levée |
| Moderne | formes pleines, angles arrondis |
| Accessible | lisible sans explication |
Les contraintes techniques éliminent déjà des pistes
Le point 7 du brief impose : lisible de 16 pixels à 3 mètres, fonctionne en couleur, en noir et en blanc sur fond foncé, décliné en carré et en horizontal. La première élimine d'emblée tout symbole à détails fins ; la deuxième interdit un symbole dont la lecture repose sur la couleur.
Le point 10 est le plus important : « ce qu'il ne faut pas faire ». Pas d'effet 3D, pas de dégradé complexe, pas de typographie fantaisie, rien qui vieillisse en trois ans. C'est la liste sur laquelle un logo se fait refuser.
Le logo eSbi retenu combine trois barres croissantes (la progression, la donnée — cœur de métier de Datashop) et un point détaché (l'insight, le résultat). Deux signes, une seule idée : c'est la traduction directe du mot « clair ».
Croquis, moodboard & argumentaire
Trois pistes, un choix défendableOn ne présente jamais une piste à un client : on en présente trois, radicalement différentes, et on argumente celle qu'on recommande par le brief, jamais par son goût.
Le croquis papier — 10 minutes chrono
Trois pistes au crayon, avant tout logiciel. Le crayon empêche de se réfugier dans les effets : si une idée ne tient pas en trait noir sur papier, elle ne tiendra pas mieux avec un dégradé.
Le moodboard
- Une planche de références : logos du même secteur, gammes de couleurs, typographies.
- Son rôle n'est pas d'inspirer : il sert à montrer au client où l'on va avant de dessiner, donc à éviter le refus tardif.
- Dans Illustrator : un plan de travail à part, images importées (Fichier › Importer) et légendées.
L'argumentaire de choix
Deux phrases suffisent, mais elles doivent citer le brief : « Cette piste traduit "progressif" par trois barres croissantes et respecte la contrainte de lisibilité à 16 px : aucun détail ne mesure moins de 4 px. » Un argument vérifiable ne se discute pas ; un goût, si.