Livrer un dossier de marque, pas un fichier
Un logo n'est pas un dessin : c'est un jeu de fichiers accompagné de ses règles d'usage. Ce qui distingue un travail d'étudiant d'un travail facturé tient dans ce dernier module — les déclinaisons, la charte, les quatre formats, le nommage.
Les déclinaisons obligatoires
Quatre versions, pas uneLe point 7 du brief l'impose : le logo doit fonctionner en couleur, en noir, et en blanc sur fond foncé, et se décliner en carré (avatars) comme en horizontal (documents). Ce ne sont pas des variantes de confort : sans elles, le client bricolera lui-même, et mal.
| Déclinaison | À quoi elle sert | Ce qui la définit |
|---|---|---|
| Principale horizontale | papeterie, site, signature de mail | symbole + typo, en dégradé |
| Carrée | avatar réseaux sociaux, tampon | symbole seul, ou symbole + typo empilés |
| Monochrome | fax, gravure, broderie, photocopie | noir 100 %, aucune nuance |
| Fond sombre | diaporama, vidéo, packaging | blanc plein sur #0B1020 |
| Favicon | onglet de navigateur, 32 × 32 px | symbole simplifié — voir ci-dessous |
Le favicon n'est pas le logo réduit. À 32 px, le point détaché touche presque la barre ; à 16 px, les trois barres se confondent. Un favicon se redessine : on épaissit, on écarte, on supprime le détail le plus fin. C'est un dessin à part entière, pas une exportation.
Zone de protection & taille minimale
Les deux règles qui protègent le logo après ta livraisonUne fois livré, le logo passe entre les mains de gens qui ne sont pas graphistes. Deux règles écrites suffisent à éviter 90 % des dégâts : la zone de protection et la taille minimale.
La zone de protection (ou zone d'exclusion)
C'est l'espace vide obligatoire autour du logo : aucun texte, aucune image, aucun bord de page ne doit y entrer. On l'exprime toujours en unité relative au logo lui-même, jamais en millimètres — ainsi la règle reste vraie à toutes les tailles.
Convention courante : la zone vaut la hauteur du symbole divisée par deux. Pour eSbi : symbole de 64 px de haut → zone de 32 px sur les quatre côtés. Dans la charte, on la dessine avec un rectangle en pointillés et une cote.
La taille minimale
- Écran : la plus petite hauteur à laquelle le logo reste lisible. Pour eSbi, le brief fixe le plancher à 16 px — c'est la contrainte qui a orienté tout le dessin.
- Impression : exprimée en millimètres, elle est souvent plus contraignante (encre qui bave, trame).
- On la vérifie, on ne la devine pas : exporte en PNG à la taille visée et regarde à 100 %.
Astuce de contrôle : place côte à côte le logo à 16, 24, 32 et 64 px sur un même plan de travail. La taille à laquelle le point détaché se colle à la barre est ta taille minimale réelle — pas celle que tu espérais.
La charte & la planche d'interdits
Écrire les règles, montrer les fautesLa charte est le document qui accompagne le logo. Elle ne raconte pas ton intention : elle donne des valeurs et des interdits, pour que le logo survive à des années d'usage par d'autres.
La planche de charte — ce qu'elle contient
- Le nuancier avec les références : hexadécimal, RVB, CMJN (et le ton direct s'il y en a un).
- La typographie : familles, graisses, et la mention « texte vectorisé dans le logo ».
- La zone de protection, cotée.
- La taille minimale, écran et impression.
- Les déclinaisons autorisées, avec le contexte d'emploi de chacune.
La planche d'interdits — cinq usages à ne pas faire
| Interdit | Pourquoi |
|---|---|
| déformer (étirer en largeur ou en hauteur) | les arrondis deviennent des ovales, le logo n'est plus le logo |
| recolorer hors nuancier | l'identité repose sur la constance des couleurs |
| poser sur un fond insuffisamment contrasté | illisible — voir le rapport de contraste du cyan |
| ajouter une ombre portée ou un effet 3D | interdit par le point 10 du brief ; vieillit en trois ans |
| recomposer la typo à la main | chasse et interlettrage ne seront jamais les mêmes |
On dessine chaque interdit et on le barre d'une croix rouge. Une charte qui décrit un interdit par une phrase n'est pas lue ; une charte qui le montre est comprise en trois secondes.
Les quatre formats d'export
AI, SVG, PNG, PDF — et à qui va chacunUn logo se livre en quatre formats, parce qu'il est utilisé par quatre métiers différents. Livrer un seul format, c'est garantir qu'on te rappellera.
| Format | Pour qui | Point de vigilance |
|---|---|---|
| .ai | le client (archive) et son prochain graphiste | c'est la source : texte vectorisé, calques nommés |
| .svg | le développeur web | vectoriel dans le navigateur ; garde les id propres |
| .png | bureautique, réseaux sociaux | fond transparent, plusieurs tailles (ex. 512, 256, 64, 32) |
| l'imprimeur | vectoriel, polices vectorisées, couleurs contrôlées |
Les commandes
- Fichier › Exporter › Exporter pour les écrans : exporte tous les plans de travail d'un coup, en plusieurs formats et plusieurs échelles (1×, 2×, 3×). C'est la commande à connaître.
- Fichier › Exporter › Exporter sous : un format à la fois, avec ses options détaillées.
- Fichier › Enregistrer sous › PDF : pour l'imprimeur, choisir un profil PDF/X.
Le PNG n'est pas vectoriel. C'est une image de pixels : elle a une taille figée. On en livre donc plusieurs, et on n'y recourt jamais pour l'impression grand format. Un client qui n'a que le PNG finira par l'agrandir — et le logo sera flou sur son kakémono.
Dans les options SVG, choisis « Type de police : convertir en tracés » (ou vectorise avant) et une précision décimale raisonnable : 2 ou 3 chiffres suffisent et allègent nettement le fichier.
Le dossier de livraison
Le nommage est un livrableLe client ouvrira ton dossier dans six mois, sans toi, pour retrouver « le logo blanc pour le PowerPoint ». Le nommage et l'arborescence décident s'il y arrive.
Une arborescence qui parle
| Dossier | Contenu |
|---|---|
01-source/ | esbi-logo-source.ai, esbi-nuancier.ase |
02-web/ | esbi-logo-horizontal.svg, esbi-symbole.svg, esbi-favicon-32.png |
03-bureautique/ | PNG transparents en 512, 256, 128, 64 px |
04-impression/ | esbi-logo-horizontal.pdf, version monochrome |
05-charte/ | la planche de charte et la planche d'interdits, en PDF |
Les règles de nommage
- Minuscules, sans accent, sans espace — le tiret sépare :
esbi-logo-fond-sombre.svg. - Du général au particulier : marque, objet, variante, taille.
- Jamais de
final,final2,vraiment-final: une version datée (-v1,-2026-08) si nécessaire.
Un espace ou un accent dans un nom de fichier casse encore, en 2026, des chaînes web et des scripts d'imprimeur. Ce n'est pas de la coquetterie : Logo eSbi final (2).svg est un incident en attente.
Livre le tout dans une archive zip unique, nommée esbi-identite-visuelle-v1.zip, accompagnée d'un court message qui dit ce que contient chaque dossier. C'est ce message, autant que le dessin, qui fait dire au client qu'il a travaillé avec un professionnel.
Bibliothèques CC & réutilisation
Faire circuler l'identité dans toute la chaîneUne bibliothèque Creative Cloud stocke couleurs, styles de texte et éléments graphiques, synchronisés et partageables. C'est ce qui garantit que le violet employé dans InDesign est exactement celui d'Illustrator.
- Fenêtre › Bibliothèques, crée une bibliothèque « eSbi — identité ».
- Glisses-y les trois nuances, la signature typographique et le symbole.
- Ouvre InDesign ou Photoshop : la même bibliothèque y apparaît.
- Partage-la avec l'équipe du client : chacun travaille avec les bons éléments, sans les recréer.
L'équivalent hors Creative Cloud existe et suffit souvent : le fichier .ase du nuancier (module Couleur) s'importe dans InDesign, Photoshop et la plupart des logiciels libres.
La suite du parcours. Le logo que tu viens de livrer sera mis en situation dans le parcours Photoshop (sur un support réel) et posé dans une mise en page dans le parcours InDesign. C'est le même fichier qui voyage — comme dans un vrai studio.